Origine et histoire de l'enceinte médiévale
L’enceinte médiévale de Strasbourg trouve ses origines dans les fortifications romaines d’Argentoratum, un camp légionnaire fondé vers 12 av. J.-C. par la Legio II Augusta pour sécuriser le limes rhénan. Les premiers remparts en bois et terre, édifiés au Ier siècle, furent remplacés par des murailles en pierre calcaire (IIe siècle) puis en grès rose (IIIe-IVe siècle), ponctuées de tours semi-circulaires. Ces défenses, longues de 550 mètres et entourant 19 hectares, protégeaient une population estimée à 20 000-30 000 habitants jusqu’au Ve siècle.
Au Moyen Âge, Strasbourg s’étendit au-delà du castrum romain, nécessitant quatre extensions successives de son enceinte entre les XIe et XVe siècles. La première muraille médiévale (XIe-XIIe siècles) engloba la Neustadt (ville nouvelle) et ses paroisses, tandis que la deuxième (XIIIe siècle) intégra la Grande Île et le quartier du Finkwiller. Les Ponts-Couverts (XIIIe siècle), pont-muraille doté de tours carrées enjambant les bras de l’Ill, et la Tour aux Deniers (1322), symbole des libertés municipales, marquèrent cette période. La troisième extension (1370-1390) inclut les faubourgs ouest, ajoutant 76 hectares protégés par 6 tours carrées et 17 tourelles octogonales.
La quatrième et dernière extension (XIVe-XVe siècles) sécurisa la Krutenau, un faubourg oriental de 27 hectares, avec une enceinte en briques longue d’un kilomètre. À son apogée en 1444, l’enceinte fortifiée couvrait 202 hectares, abritant près de 25 000 habitants. Les menaces extérieures, comme les Écorcheurs (1444) ou les progrès de l’artillerie, conduisirent à des modernisations, notamment sous l’ingénieur Daniel Specklin (XVIe siècle), qui introduisit des bastions adaptés aux canons. Son système, inspiré des théories italiennes mais optimisé pour les tirs de flanquement, fut partiellement appliqué avant la capitulation de Strasbourg face à Louis XIV en 1681.
Sous domination française, Sébastien Le Prestre de Vauban renforce l’enceinte existante en y ajoutant une citadelle (1682) et un barrage sur l’Ill (1685-1700) pour inondation défensive. La citadelle, conçue comme un réduit autonome, surveillait le pont du Rhin et abritait une garnison permanente. Le barrage Vauban, pont-écluse à treize arches, permettait de submerger les faubourgs sud en cas de siège. Ces aménagements s’inscrivaient dans un réseau de places fortes alsaciennes (Belfort, Neuf-Brisach) destinées à contrer les invasions.
Le siège de 1870, durant la guerre franco-prussienne, révélait les limites des fortifications face à l’artillerie moderne. Après 46 jours de bombardements, la ville capitula, laissant 661 morts militaires et 200 civils, ainsi que des dégâts majeurs (cathédrale, Temple-Neuf). Sous administration allemande (1871-1918), Strasbourg devint une place fortifiée du Deuxième Reich, dotée d’une ceinture de 14 forts détachés (système von Biehler) et d’une nouvelle enceinte urbaine (1876-1884). Ce rempart en terre, long de 11 km et doté de bastions cuirassés, fut démantelé après 1918, ne laissant que quelques vestiges classés.
Aujourd’hui, l’enceinte médiévale de Strasbourg se limite à des éléments emblématiques comme les Ponts-Couverts, la Tour du Bourreau, ou des tronçons de muraille (rue du Fossé-des-Orphelins, boulevard du Président-Wilson). Ces vestiges, témoins de près de deux millénaires d’histoire militaire, coexistent avec des aménagements urbains modernes, rappelant le passé de ville libre du Saint-Empire, puis de capitale régionale sous les dominations française et allemande.